Curaçao - Grupo E
Curaçao 🇨🇼🔥 Une île en fusion, une qualification au pas cadencé
Une campagne sans bruit inutile, des chiffres qui parlent fort et un Mondial 2026 qui s’ouvre comme une porte longtemps fermée.
Introduction
Il y a des sélections qui avancent avec des klaxons et des gros titres, et puis il y a celles qui progressent comme une marée: on ne la remarque pas toujours au début, mais quand elle arrive, elle a déjà changé le paysage. Curaçao a signé cette qualification sur un tempo régulier, presque méthodique, avec une sensation nette: ici, le plan n’est pas d’« exister », c’est de peser.
Le récit commence par des soirées où le ballon semble plus léger qu’ailleurs. Willemstad comme théâtre, la chaleur comme décor, et cette impression que l’équipe sait exactement ce qu’elle est venue chercher. Dans ces matches, Curaçao n’a pas seulement gagné: elle a imposé un rapport de force, celui qui se lit sur les visages quand le score s’étire et que l’adversaire comprend qu’il n’aura pas de deuxième chance.
Ensuite, la route s’est durcie. Les marges se sont rétrécies, les détails ont pris le volant: un nul qui compte, un autre qui verrouille, puis la victoire qui replace tout le monde à sa place. Le fil rouge est resté le même: Curaçao a rarement laissé le match lui échapper, même quand il se fermait.
Les chiffres posent la scène avec précision. En troisième tour, Groupe B, Curaçao termine à la 1re place avec 12 points en 6 matches, invaincue, 13 buts marqués pour 3 encaissés, différence de +10. En deuxième tour, c’était encore plus net: 12 points sur 12, 15 buts pour, 2 contre, +13. Le tableau n’est pas romantique: il est clinique.
Trois moments charnières dessinent la campagne. Le 5 juin 2024, Curaçao ouvre fort contre la Barbade: 4-1 à domicile, avec un triplé de Rangelo Janga, comme une annonce publique. Le 10 juin 2025, sur terrain déclaré à l’extérieur contre Haïti mais disputé à Oranjestad, Curaçao frappe un grand coup: 5-1, cinq buteurs différents, une signature collective. Et le 13 novembre 2025, à Devonshire, c’est la soirée de la bascule mentale: 7-0 à Bermudes, un score qui ne pardonne rien et qui raconte une équipe qui ne se contente pas de gagner.
Il reste une dernière image, plus silencieuse mais tout aussi révélatrice: deux 0-0 contre la Jamaïque, à l’extérieur le 18 novembre 2025, et contre Trinité-et-Tobago à Puerto España le 5 septembre 2025. Ce ne sont pas des matches qui embellissent un highlight, mais ce sont souvent ceux-là qui construisent une qualification.
Le chemin des éliminatoires
Le parcours de Curaçao se lit en deux actes distincts, et chacun raconte une facette différente de la même équipe. D’abord, un deuxième tour en mode rouleau compresseur: quatre matches, quatre victoires, un différentiel de +13. Ensuite, un troisième tour où l’opposition se resserre, où le moindre ballon perdu vaut un avertissement, et où Curaçao répond par une formule plus mature: gagner quand c’est ouvert, ne pas perdre quand c’est fermé.
Sur le deuxième tour, Groupe C, Curaçao termine 1re: 12 points, 4 matches, 4 victoires, 15 buts marqués, 2 encaissés. L’équipe a dominé le groupe au tableau, mais aussi dans le contenu brut des résultats: 4-1, 2-0, 4-0, 5-1. Ce n’est pas une série de 1-0 serrés: c’est une empreinte.
Le troisième tour, Groupe B, est un autre sport. Curaçao finit 1re avec 12 points, devant la Jamaïque (11) et Trinité-et-Tobago (7). L’écart est court, mais la différence se fait sur deux choses: l’invincibilité (0 défaite) et la défense (3 buts encaissés en 6 matches). Là où la Jamaïque affiche la même solidité défensive (3 buts concédés) mais une défaite, Curaçao compense par trois nuls et une capacité à ne pas s’éteindre loin de ses bases.
Dans ce troisième tour, il y a un match qui résume la gestion des marges: Curaçao–Bermudes, 3-2 le 9 septembre 2025. Menée 0-2? Non: ici, le score dit autre chose, un match à rebondissements où Curaçao marque trois fois, en laissant aussi deux ouvertures à l’adversaire. Ce jour-là, Curaçao n’est pas « parfaite »: elle est résiliente, et c’est parfois plus utile.
Puis vient la séquence qui stabilise tout: Curaçao bat la Jamaïque 2-0 à Willemstad le 10 octobre 2025, puis enchaîne un 1-1 contre Trinité-et-Tobago le 14 octobre 2025. Deux matches à domicile, deux lectures différentes. D’un côté, un match maîtrisé et fermé (2-0). De l’autre, un match où il faut encaisser un retour (1-1) et continuer à avancer.
Et enfin, la fin de campagne: 7-0 aux Bermudes le 13 novembre 2025, puis 0-0 en Jamaïque le 18 novembre 2025. Le contraste est total, mais l’intention reste cohérente: punir quand l’adversaire donne de l’espace, verrouiller quand le contexte l’exige. C’est une équipe qui sait changer de vitesse sans changer de visage.
Tableau 1: Matches de Curaçao
| Date | Tour | Groupe | Adversaire | Condition | Résultat | Buteurs | Stade | Ville |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 5 juin 2024 | Deuxième tour | C | Barbade | Domicile | 4:1 | Rangelo Janga (3), Gervane Kastaneer; Niall Reid-Stephen | Willemstad | |
| 8 juin 2024 | Deuxième tour | C | Aruba | Extérieur | 0:2 | Juninho Bacuna, Xander Severina | Oranjestad | |
| 6 juin 2025 | Deuxième tour | C | Sainte-Lucie | Domicile | 4:0 | Gervane Kastaneer (3), Juninho Bacuna | Willemstad | |
| 10 juin 2025 | Deuxième tour | C | Haïti | Extérieur | 1:5 | Deedson Louicius; Gervane Kastaneer, Kenji Gorré, Jearl Margaritha, Kevin Felida, Jeremy Antonisse | Oranjestad | |
| 5 septembre 2025 | Troisième tour | B | Trinité-et-Tobago | Extérieur | 0:0 | Stade Hasely Crawford | Puerto España | |
| 9 septembre 2025 | Troisième tour | B | Bermudes | Domicile | 3:2 | Chong (14', 26'), Noslin (75'); Crichlow (35'), Parfitt-Williams (42') | Stade Ergilio Hato | Willemstad |
| 10 octobre 2025 | Troisième tour | B | Jamaïque | Domicile | 2:0 | Comenencia (14'), Gorré (68') | Stade Ergilio Hato | Willemstad |
| 14 octobre 2025 | Troisième tour | B | Trinité-et-Tobago | Domicile | 1:1 | Gorré (19'); Spicer (58') | Stade Ergilio Hato | Willemstad |
| 13 novembre 2025 | Troisième tour | B | Bermudes | Extérieur | 0:7 | L. Bacuna (7' pen.), J. Bacuna (32'), Paulina (48' pen., 63'), Hansen (59'), Martha (82'), van Eijma (90+2') | Bermuda National Stadium | Devonshire |
| 18 novembre 2025 | Troisième tour | B | Jamaïque | Extérieur | 0:0 | Independence Park | Kingston |
Le détail intéressant, quand on aligne tout, c’est la distribution des scénarios. Curaçao a joué 10 matches sur cette séquence: 7 victoires, 3 nuls, 0 défaite. Les nuls sont tous des matches à faible score: 0-0, 1-1, 0-0. Les victoires, elles, couvrent un spectre large: du 2-0 propre au 7-0 écrasant. Cela décrit une équipe capable d’ouvrir un match, mais aussi de survivre quand il ne s’ouvre pas.
Autre point: la différence domicile/extérieur ne raconte pas une équipe timorée. À l’extérieur sur ces données, Curaçao signe un 2-0 à Aruba, un 5-1 contre Haïti (match listé à l’extérieur), un 7-0 aux Bermudes, et deux 0-0 (à Trinité-et-Tobago, en Jamaïque). Résultat: 3 victoires et 2 nuls hors de ses bases, avec 14 buts marqués et 2 encaissés. C’est un profil de sélection « voyageuse »: elle peut fermer la boutique, mais elle peut aussi faire très mal.
Tableau 2: Table de classement
| Tour | Groupe | Pos. | Équipe | Pts | MJ | V | N | D | BP | BC | Diff |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Deuxième tour | C | 1 | Curaçao | 12 | 4 | 4 | 0 | 0 | 15 | 2 | +13 |
| Deuxième tour | C | 2 | Haïti | 9 | 4 | 3 | 0 | 1 | 11 | 7 | +4 |
| Deuxième tour | C | 3 | Sainte-Lucie | 4 | 4 | 1 | 1 | 2 | 5 | 9 | −4 |
| Deuxième tour | C | 4 | Aruba | 2 | 4 | 0 | 2 | 2 | 3 | 10 | −7 |
| Deuxième tour | C | 5 | Barbade | 1 | 4 | 0 | 1 | 3 | 4 | 10 | −6 |
Tableau 3: Table de classement
| Tour | Groupe | Pos. | Équipe | Pts | MJ | V | N | D | BP | BC | Diff |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Troisième tour | B | 1 | Curaçao | 12 | 6 | 3 | 3 | 0 | 13 | 3 | +10 |
| Troisième tour | B | 2 | Jamaïque | 11 | 6 | 3 | 2 | 1 | 11 | 3 | +8 |
| Troisième tour | B | 3 | Trinité-et-Tobago | 7 | 6 | 1 | 4 | 1 | 7 | 6 | +1 |
| Troisième tour | B | 4 | Bermudes | 1 | 6 | 0 | 1 | 5 | 4 | 23 | −19 |
La lecture du troisième tour est simple et impitoyable: la Jamaïque colle au classement, mais Curaçao reste devant grâce à la constance. Trinité-et-Tobago, avec quatre nuls, a souvent neutralisé sans vraiment renverser. Curaçao, elle, a neutralisé quand il fallait… et a frappé quand il y avait une fenêtre. Le 2-0 contre la Jamaïque est une phrase entière dans ce roman: gagner ce duel direct, c’est s’offrir le droit à l’erreur sans en abuser.
Comment ils jouent
Curaçao, sur cette campagne, donne l’image d’une sélection à double verrouillage: elle sait attaquer fort, et elle sait défendre basiquement bien sans se désunir. Les données sont nettes: 28 buts marqués, 5 encaissés sur 10 matches. Moyenne: 2,8 buts pour, 0,5 contre. On ne parle pas d’une équipe qui dépend d’un seul match « fou »: les scores se répètent, les clean sheets s’empilent.
Le premier marqueur, c’est la capacité à transformer les matches en séquences de buts. Les cartons ne sont pas isolés: 4-1 contre la Barbade, 4-0 contre Sainte-Lucie, 5-1 contre Haïti, 7-0 contre les Bermudes. Quand Curaçao prend l’avantage dans ces soirées-là, elle ne gère pas en pilotage automatique: elle continue d’appuyer. Cela suggère une équipe à l’aise dans les matchs où l’adversaire doit se découvrir.
Le deuxième marqueur, plus discret mais peut-être plus précieux, c’est la résistance dans les matchs serrés. Trois nuls sur cette séquence: 0-0 à Trinité-et-Tobago, 1-1 contre Trinité-et-Tobago, 0-0 en Jamaïque. Aucun de ces matches ne se transforme en défaite. En clair: Curaçao a su prendre des points sans marquer, et c’est un indicateur de maturité compétitive.
Le troisième marqueur, c’est la variété des buteurs telle qu’elle apparaît dans les feuilles de match. On voit des noms qui reviennent (Gervane Kastaneer, Kenji Gorré, Juninho Bacuna), mais aussi des apports ponctuels (Margaritha, Felida, Antonisse, Martha, van Eijma, Hansen, Paulina). Le 10 juin 2025 contre Haïti, cinq buteurs différents pour un 5-1: c’est l’illustration la plus propre d’un danger réparti. Et quand le but est concentré, il l’est par efficacité: Kastaneer signe deux triplés (contre Sainte-Lucie et sur la partie listée face à Haïti), Janga un triplé contre la Barbade.
Enfin, la vulnérabilité la plus identifiable tient moins à la défense qu’à la gestion des matches « à couteaux ». Le 3-2 contre les Bermudes le 9 septembre 2025 raconte une équipe capable de marquer trois fois, mais aussi de concéder deux buts dans un match à domicile. Ce n’est pas une alarme permanente, c’est un rappel: quand le match s’ouvre dans les deux sens, Curaçao peut gagner, mais elle doit éviter d’offrir des séquences de retour à l’adversaire. À l’échelle d’un Mondial, ce genre de détails change un groupe.
Le groupe à la Coupe du monde
Le Mondial 2026 offre à Curaçao un menu clair, trois affiches qui n’ont pas besoin d’artifices pour exister. Groupe E: Allemagne, Équateur, Côte d’Ivoire. Trois cultures de jeu, trois températures différentes, et pour Curaçao une exigence immédiate: entrer dans le tournoi avec une concentration défensive totale, sans renoncer à ce qui a fait la campagne — cette capacité à convertir les moments favorables.
Le premier match pose le décor, et souvent le ton d’une aventure. Affronter l’Allemagne d’entrée, c’est accepter que le match puisse se jouer longtemps loin du ballon, avec des phases à subir. Curaçao a toutefois montré une aptitude précieuse: ne pas perdre quand le score est fermé. Si elle doit survivre, elle a déjà prouvé qu’elle savait faire 0-0 sur des terrains où le contexte pousse à la prudence.
Le deuxième match contre l’Équateur ressemble à un carrefour. Dans un groupe à trois marches, c’est souvent la rencontre qui détermine le calcul du troisième match. Curaçao devra y apporter son meilleur équilibre: assez de courage pour marquer, assez de lucidité pour ne pas s’ouvrir. Le 1-1 contre Trinité-et-Tobago, avec un but encaissé en seconde période, rappelle que le match peut changer de main sur une seule action.
Le troisième match contre la Côte d’Ivoire arrive avec une particularité: il est à Philadelphie comme le premier, au Lincoln Financial Field. Cette répétition de lieu peut jouer sur les repères, la routine, les détails logistiques. Si Curaçao arrive à ce match encore en vie dans le groupe, son identité de campagne — marquer en rafales quand une porte s’ouvre — peut devenir une arme. Mais il faudra aussi une autre compétence: supporter les temps faibles sans céder.
Tableau: Calendrier de Curaçao en phase de groupes
| Date | Stade | Ville | Rival |
|---|---|---|---|
| 14 juin 2026 | Lincoln Financial Field | Philadelphie | Allemagne |
| 20 juin 2026 | Arrowhead Stadium | Kansas City | Équateur |
| 25 juin 2026 | Lincoln Financial Field | Philadelphie | Côte d’Ivoire |
Match par match, un scénario probable se dessine sans prétendre lire l’avenir.
Allemagne – Curaçao, 14 juin 2026: match pour ne pas se faire avaler dans les vingt premières minutes. Curaçao devra tenir, respirer, et choisir ses sorties. Pronostic: gana Alemania.
Équateur – Curaçao, 20 juin 2026: match de bascule, souvent plus « jouable » si Curaçao protège bien son dos. Les données de qualification montrent qu’elle sait fermer un match et prendre un point loin de chez elle. Pronostic: empate.
Curaçao – Côte d’Ivoire, 25 juin 2026: match qui peut devenir un sprint, selon la situation comptable. Curaçao a montré qu’elle pouvait faire très mal quand elle trouve des espaces, mais elle doit aussi éviter le scénario du match ouvert dans les deux sens. Pronostic: gana Costa de Marfil.
Clés de qualification pour Curaçao
- Prendre le match d’ouverture comme une mission défensive: rester dans le score, gagner le droit de grandir dans le tournoi.
- Transformer au moins un match en « match à marge courte »: un 0-0 ou un 1-1 maîtrisé peut valoir de l’or.
- Garder l’efficacité sur coups de chaud: la campagne montre que Curaçao sait empiler les buts quand le match s’ouvre, il faudra une version compacte de cette efficacité.
- Éviter les minutes de flottement après avoir marqué: le 3-2 contre les Bermudes rappelle qu’un match peut redevenir dangereux très vite.
Opinion éditoriale
Curaçao n’a pas besoin qu’on lui invente une légende: elle s’est fabriqué une ligne de chiffres qui, dans le football des sélections, vaut certificat de sérieux. Dix matches sans défaite, 28 buts marqués, 5 encaissés. Ce n’est pas une équipe « sympathique »: c’est une équipe structurée par le résultat, et c’est précisément ce qui peut surprendre sur une scène où l’on attend parfois les petites sélections au tournant émotionnel plutôt qu’au tournant compétitif.
Le défi, au Mondial, ne sera pas d’être courageuse — tout le monde l’est dans un match contre l’Allemagne — mais d’être fidèle à son propre fil: garder la tête froide, accepter certains passages sans ballon, et profiter des rares instants où le match se déverrouille. Curaçao a déjà montré qu’elle pouvait passer d’un 0-0 austère à un 7-0 tonitruant sans perdre son identité: c’est une qualité rare, parce qu’elle ne dépend pas d’une seule histoire.
La beauté du parcours, c’est qu’il n’a pas été écrit au stylo fragile. Il a été écrit au marqueur: 5-1, 4-0, 7-0. Mais l’avertissement est tout aussi clair, et il tient dans un match précis: le 9 septembre 2025, ce 3-2 contre les Bermudes. Même en gagnant, Curaçao a montré qu’un match peut devenir instable si l’adversaire trouve deux ouvertures. Au Mondial, deux ouvertures peuvent suffire à vous sortir d’un groupe.
Alors l’épopée, la vraie, n’est pas de promettre l’impossible. Elle est de prolonger ce qui a déjà été construit: une sélection qui sait gagner large, et qui sait ne pas perdre quand le match devient un nœud. Curaçao arrive avec une carte simple et précieuse: la maîtrise des scénarios. À ce niveau, c’est souvent le seul luxe accessible — et parfois, c’est celui qui renverse l’ordre attendu.